L’Europe, aujourd’hui, est constellée de points d’abandon où,paradoxalement, se joue l’avenir du continent. Ce sont les arrière-cours desgares internationales, les landes autour des ports, les refuges et hangars desvilles frontalières. Ils sont la face cachée des plateformes centralisées despolitiques migratoires européennes qui prônent l’efficacité et produisentl’attente, l’errance, l’illégalité, et le désespoir. Le point de fixation est lerevers du hot spot, sa contradiction racisée, fantasmée, antagoniste. Il estaussi l’expression du besoin et du droit de se fixer quelque part, de forger desattaches, de cultiver un sentiment d’appartenance. Lieu de dernier recours,peut-être, et prémisse de nouvelles formes d’organisation, le point de fixationest une concentration de fugitivité et d’intransigeance, de stratégies decontournement et de refus de disparaître. Il en résulte des méthodes decoopération et de concertation entre des populations sédentaires et hypermobiles, sociologiquement très diverses, là où les autorités ne pointentqu’inertie ou pathologie. Ni une occupation au sens traditionnel, ni unmouvement social, le point de fixation est un prisme sur de nouvellesconfigurations de lutte et de désobéissance, réunissant des trajectoires trèsdisparates autour de priorités sans « programme », dans la durée, en prise avecla conflictualité et la quotidienneté de l’espace urbain. C’est pourquoi celivre se propose d’« habiter le point de fixation » : comme un projetd’exploration, d’écoute, de participation, d’incorporation, de continuation, dethéorisation aussi, engagé lucidement, mais activement, depuis un des points defixation les plus enracinés et les plus puissants du paysage actuel, LaChapelle, à Paris, en l’inscrivant dans une constellation transnationale ettransversale.